L'humanité a peut-être failli disparaître il y a près de 70 000 ans: la population des premiers humains aurait pu diminuer au point de ne plus compter que 2000 individus avant de recommencer à croître au début de l'âge de pierre, selon une étude génétique publiée dernièrement.
«Cette étude illustre
l'extraordinaire capacité de la génétique
à révéler des aspects de certains des
épisodes clés de l'histoire de notre
espèce», souligne dans un communiqué Spencer
Wells, directeur du Genographic Project, lancé en 2005 pour
étudier l'anthropologie à l'aide de la
génétique.
«De minuscules groupes d'hommes primitifs,
séparés par des conditions environnementales
difficiles, revenant du bord du gouffre pour se retrouver et
peupler le monde. Un drame épique inscrit dans notre
ADN», résume le chercheur, membre de la National
Geographic Society.
Des études précédentes utilisant l'ADN
mitochondrial, transmis par la mère, ont permis de faire
remonter l'homme moderne à une unique «Eve
mitochondriale» ayant vécu en Afrique il y a 200 000
ans. Les humains auraient commencé à quitter
l'Afrique pour peupler le reste du monde il y a 60 000 ans, mais on
sait peu de choses à leur sujet dans la période
comprise entre cette Eve originelle et cette grande
migration.
La nouvelle étude, publiée dans le Journal
américain de génétique humaine, a porté
sur l'ADN mitochondrial des peuples Khoi et San en Afrique du Sud,
qui semblent avoir divergé d'autres peuples il y a 90 000
à 150 000 ans.
Les travaux conduits par Doron Behar, du Centre médical
Rambam à Haïfa, en Israël, et Saharon Rosset, du
centre de recherche d'IBM T.J. Watson dans l'État de New
York, concluent que les humains se sont séparés en
petits groupes avant l'âge de pierre, période durant
laquelle ils se sont rassemblés et ont commencé
à voir leur nombre augmenter et à gagner d'autres
régions.
L'Afrique de l'Est a connu une série de graves
sécheresses il y a 135 000 à 90 000 ans, qui ont pu
favoriser l'éclatement de la population humaine en petits
groupes isolés qui se sont développés
indépendamment les uns des autres, précisent les
chercheurs.
«Qui aurait cru qu'il y a seulement 70 000 ans, des
conditions climatiques extrêmes ont réduit notre
population au point que nous étions au bord de
l'extinction?», commente le paléontologue Meave
Leakey, un conseiller du Genographic Project.
Aujourd'hui, la population mondiale s'établit à 6,6
milliards de personnes, selon le bureau du recensement
américain. L'étude a été
financée notamment par la National Geographic Society, IBM
et des fondations américaines.