L'Addiction désigne toute
disposition à s'asservir au toxique quel qu'il soit. Mais
attention, le temps de Freud n'est plus ce qu'il est aujourd'hui
... Les médias tentent aujourd'hui d'imbriquer en ce terme
toute forme de dépendance qui serait effectivement un
fléau de notre génération. Ce terme
actuellement désigne donc toutes formes de
dépendances, mais plus forcément chimiques... On y
amalgame l'alcool, les drogues, la cigarette ou les
médicaments, l'anorexie, la boulimie, l'addiction par le
travail excessif, la sexualité compulsive, le jeu
pathologique, les conduites à risques, les tentatives de
suicide, les achats compulsifs, la kleptomanie, le sport excessif,
mais aussi le téléphone, Internet, les jeux de
rôle, les jeux vidéos et la
télévision... A raison ou à tort, cet amalgame
reste quand même de l'addiction. Pour tenter de comprendre
ces formes d'asservissement au comportement et au corps, je me suis
servie entre autres du texte fondamental de Freud : Malaise dans la
civilisation, texte qui permet de restituer également le
fait que toutes formes d'addictions existent aussi depuis fort
longtemps.
Freud utilisait le "NOUS" comme marque de
reconnaissance et d'appartenance afin d'impliquer chacun de nous
dans ses dires, car tout le monde quelque part souffre ou a
souffert de son propre vécu.
Pour supporter notre vie, nous utilisons des
"briseurs de soucis". Il les définit comme trois stades
possibles : trois stades qui peuvent crescendo venir titiller notre
désespoir.
Tout d'abord, nous pouvons utiliser de fortes
diversions qui nous permettent de dédramatiser notre malheur
et surtout de se voiler la face, puis l'on tente à tout prix
de se faire plaisir (certaines personnes essayent de vivre
uniquement dans le plaisir car elles sont malheureuses, alors,
chaque bonheur artificiel créé ou réuni, leurs
font oublier leur vie, ce sont des personnes qui ont toujours envie
d'aller faire la fête, au resto, en boite de nuit, qui sont
en perpétuelle recherche d'un amusement quelconque, bien
sûr ces personnes ne peuvent se contenter d'un instant
sympathique, l'excès est toujours de rigueur, enfin l'usage
des stupéfiants ou autres tranquillisants qui nous rendent
insensibles.
Cette course après la jouissance, mais aussi
comme protection à notre propre souffrance où l'un ou
l'autre de ces moyens nous devient indispensable pour supporter
notre fardeau.
Alors, vous, que "choisissez"-vous, ou qu'avez-vous
déjà choisi ?
C'est un peu
restrictif, non ?
Cela signifie bel et bien que ce n'est pas le
produit qui fait "l'addicté", que ce n'est pas l'alcool qui
fait l'alcoolique, ni la drogue le toxicomane, mais avant tout : la
fragilité psychique préexistante d'un
sujet.
La personne qui flanche à ce point et tombe
dans l'addiction totale est une personne qui n'essaye pas vraiment
de comprendre, mais qui préfère agir pour se soulager
et cela continuellement et parfois jusqu'à la mort. Souvent
ce sont des personnes qui, à la base, n'en pouvaient plus et
souhaitaient faire quelque chose pour eux, enfin, pour
eux.
C'est la raison pour laquelle, il est important de
comprendre que l'addiction n'est pas due à la consommation,
ni à l'abus occasionnel de tel ou tel produit, mais
l'addiction est la dépendance à ce produit. En
d'autres termes c'est une entrave à notre liberté de
s'abstenir de.... Et au lieu de s'abstenir d'agir de la sorte,
alors on finit par ne plus pouvoir s'abstenir de ce que nous nous
sommes infligé !
D'ailleurs, la guérison prochaine d'un sujet
dépend et commence par la prise de conscience plus ou moins
forte de cette soumission à l'acte conjuguée à
la dépendance. En d'autres termes si vous souhaitez vous
arrêter, la première question à vous poser, est
de vous demander à quoi vous sert cette addiction et non pas
pourquoi vous faites ça !
D'autres
études approfondies ont été effectuées,
celle de Bergeret nous informe :
1/ Il n'existe aucune
structure psychique profonde et stable spécifique à
l'addiction. N'importe quelle structure mentale peut conduire
à des comportements d'addiction (visibles ou latents) dans
certaines conditions affectives intimes et
relationnelles.
2/
L'addiction ne modifie nullement la nature
spécifique de la structure psychique profonde en question,
mais se contente de modifier plus ou moins notablement le mode de
fonctionnement secondaire de cette
structure.
3/
L'addiction est recherchée non
seulement en fonction d'un besoin plus ou moins manifeste du sujet
mais aussi, sur le registre économique latent, comme une
tentative de défense et de régulation contre les
déficiences ou les failles occasionnelles de la structure
profonde en cause.
Le patient
addictif souffre et cela sur trois plans :
D'abord
dans ce qui le pousse à recourir à un produit,
ensuite dans ce qui l'empêche de rompre la dépendance
et enfin dans ce qu'il subit des conséquences (physiques,
sociales et psycho-affectives).
Malheureusement, l'addiction devient très
vite vitale, elle devient en quelques sortes une véritable
technique de survie psychique qui s'avère en plus totalement
efficace quant au soulagement de souffrances. Mais ce soulagement
est totalement subjectif, car une autre souffrance intervient
alors, la dépendance... Bref, c'est un cercle
extrêmement vicieux !
Il n'y a pas de solution magique qui vous
débarrasse de votre mal de vivre, votre produit miracle ,
votre drogue, vos habitudes vous détruisent alors qu'il
suffirait de se reconstruire. De se "déprogrammer" en
quelques sortes, d'arriver à comprendre le " Qu'est-ce-que
ça m'apporte, et le comment faire pour aller mieux sans
ça ?". Le : "Qu'est ce qui me rendrait mon bonheur ou me le
créerait ?" ( mais de sain cette fois ).
Théorie de Mc Dougall : De tels
acte-symptômes, dévoilent une carence de
l'élaboration psychique et un défaut de symbolisation
lesquels sont compensés par un agir de qualité
compulsive visant ainsi à réduire par le chemin le
plus court la douleur psychique.
C'est donc de pré-disposition dont on
pourrait parler, chaque individu, détiendrait un capital de
résistance à la souffrance, ce seuil étant
dépassé... Il ne convient donc pas de rechercher une
structure spécifique puisqu'il n'y a pas de «
personnalité addictive » en tant que
telle.
Après, chaque individu est différent
!
Pour guérir, il n'y pas de remèdes
miracles, mais quelques mises en place thérapeutiques
:
Une psychothérapie longue et bien suivie,
des psychodrames, des instants de relaxations, des groupes de
paroles d'inspiration psychanalytiques sont à mon sens les
plus adaptés.
Superbe citation :
"Les plus sains comme les
plus fous d'entre nous s'accrochent, telles des araignées,
à une toile par eux-mêmes tissée,
obscurément ancrée dans le vide et sauvagement
balancée par les vents du changement. Pourtant, cette toile
fragile, à travers laquelle beaucoup ne voient que le vide,
constitue le seul artifice permanent, la seule signature
authentique de l'espèce humaine, et nous sommes les premiers
responsables de sa fabrication." Geoffrey Vickers