Il était une fois, il y a très
longtemps, à une époque où les hommes
croyaient encore aux lutins et aux farfadets, aux gnomes et aux
elfes, un homme qui, parce qu’il était trop laid,
dû partir vivre loin des villes et des
campagnes.
Ce
soir, je vais essayer de vous raconter son histoire, telle que me
la conté ma maman et telle que sa maman, avant elle, la lui
avait dite.
Tout commença un soir de 24
décembre de je ne sais plus trop quelle année, mais
ça n’a pas d’importance. La neige étalait
son manteau blanc et froid sur le village qui se préparait
à fêter Noël. Elle offrait aux regards des
enfants, installés bien au chaud, derrière leurs
fenêtres, un spectacle merveilleux. Le sol des rues
étincelait sous les paillettes de givre. Les arbres
s’habillaient de gilets blancs. Le vent soufflait avec rage.
Il tentait de franchir les portes et les fenêtres bien
fermées qui lui résistaient vaillamment. Il geignait,
pleurait, espérant apitoyer un petit garçon trop
gentil qui viendrait lui ouvrir, pour qu’il puisse souffler,
tempêter dans sa maison et casser tout sur son passage. Puis,
comme il voyait que personne ne se faisait prendre à son
piège, il s’énervait et hurlait. Il
faisait voler la neige tout juste déposée sur le sol.
Il la faisait monter haut dans le ciel et retomber en rafales
contre les volets et autres ouvertures infranchissables. Puis,
fatigué, il repartait chez lui pour reprendre des forces,
avant de tenter de gagner une nouvelle bataille.
Dans chaque salon, à l’abri de
la tempête, on achevait les préparatifs de la
veillée de Noël. L’air sentait bon le pain chaud
et la dinde rôtie. Les sapins resplendissaient,
illuminés par des milliers de bougies qui dansaient
follement sous le souffle d’un lutin
invisible.
Mais, dans une maison blottie au cœur
du village, monsieur Justin Baluchon ne se souciait pas de
fêter Noël. Il n’y avait pas de sapin dans sa
maison. La dinde rôtie ne parfumait pas l’air
surchauffé. Il se tenait assis dans son fauteuil
préféré, le visage tourné vers une
porte fermée. Il attendait ! Sa femme, Louise allait donner
naissance, d’un instant à l’autre, à leur
premier enfant. Alors, patiemment, Justin
attendait.
Soudain, alors qu’il écoutait
les douze coups de minuit sonner au clocher du village, il entendit
pleurer un petit bébé. Il se leva et courut jusque
dans la chambre ou sa femme était allongée,
souriante. Une vieille, à ses cotés, lui tendait le
petit être qu’elle venait de laver. Elle se tourna vers
Justin et lui dit :
« C’est un fils !
Tu es papa d’un beau garçon !
»
Justin
s’approcha de sa femme, Louise. Il lui donna un long baiser
et caressa son bébé, si joli avec ses bonnes joues
roses et rondes.
Louise chuchota :
« Il est beau. Il a tes
jolis yeux. Il est né quand les cloches ont sonné les
douze coups de minuit. Je crois qu’on pourrait
l’appeler Noël ! Qu’en dis-tu ?
»
Le
nouveau papa trouva ce prénom très beau et il
accepta.
C’est comme ça que ma maman m’a
dit que le père Noël était né. Bien
sûr, ce n’était encore qu’un tout petit
bout de choux bien trop petit pour fabriquer des jouets aux enfants
du monde entier. Pour le moment, il se contentait de pleurer pour
que sa mère lui donne le sein. Mais, il allait
grandir…
Tu veux
connaître la suite de l’histoire ?
Tu es
sûr ? Tu veux savoir comment Noël a grandit ? Comment et
pourquoi il est devenu le Père Noël que nous
connaissons tous ?… D’accord, je vais te le raconter.
Assis toi bien et écoutes !...
Notre petit bébé se transforma
très vite en un garçon timide. En fait, il avait
honte car plus le temps passait, plus il devenait gros. Ses joues
qui avaient été douces et roses ressemblaient,
maintenant, à deux grosses tomates bien mûres,
son ventre semblait fait avec la plus énorme des
citrouilles. Il grossissait dix fois plus vite qu’il ne
grandissait. ET pourtant, crois moi sur parole, il grandissait
déjà très vite. En fait, à dix ans, il
était déjà aussi grand que son père et
trois fois plus gros. Sa maman avait beau le mettre au
régime. Rien n’y faisait. Ses boutons de chemises
explosaient, poussés par la graisse de son gros
bidon.
Son
ventre de géant, ses jambes comme deux troncs d’arbres
l’empêchaient de courir comme le faisaient les autres
enfants de son âge. Il se contentait de les regarder passer
devant lui. Il restait seul, sans ami, et triste.
Plus il
grandit, plus les choses empirèrent. Les autres avaient des
copines avec qui ils allaient au bal. Mais aucune jeune fille ne
voulait aller danser avec Noël. Il restait donc encore et
toujours seul. Bientôt, tous les jeunes de son âge
furent mariés. Ils eurent des enfants. Noël continuait
de les regarder avec envie.
Certains, dans le village, avaient pitié de ce
pauvre gros bonhomme, mais d’autres s’en moquaient,
riaient sur son passage. Plus le temps passait, plus notre ami
devenait triste et solitaire.
Pour ne
plus être si malheureux, à chaque fois qu’il
voyait le bonheur des autres, ce petit bonheur qui lui était
interdit, il partait dans les bois des journées
entières. Il rentrait tard, le soir, couvert de terre, de
feuilles mortes et de copeaux de bois. Personne ne savait ce
qu’il pouvait bien faire tout le temps où il
disparaissait. Alors on raconta tout et n’importe quoi. Et on
se moqua encore un peu plus de lui. Un jour, des enfants lui
lancèrent même des pierres. Il rentra chez lui bien
triste et pleura en secret.
Il
savait bien que ça ne pouvait pas durer comme ça. Il
savait bien qu’il ne pouvait pas continuer cette vie
là. Mais qu’avait-t-il comme solution ? Que
pouvait-t-il faire ? Le sais tu toi ?... Qu’aurais-tu fais
à sa place ?
Et bien
Noël décida de s’enfuir Mais il n’alla pas
n’importe où ! Oh non ! Il partit vers la forêt
où il savait trouver de quoi manger : des glands, des
châtaignes, des mures, certains champignons qu’il avait
appris à reconnaître…
Son
père avait été menuisier et lui avait appris
à travailler le bois. Il pensait donc pouvoir se bâtir
une petite maison, une cabane plutôt, juste une pièce
pour manger et dormir, pour s’abriter du mauvais
temps.
Il
s’en alla un soir et plus personne ne le revit au
village.
Dans la forêt, il apprit à vivre
autrement. Il se levait et se couchait avec le soleil. Il
réapprit à sourire et même à rire. Dans
le silence des bois, sa voix tonitruante partait en écho
jusqu’au village :
« OH ! OH ! OH ! OH !
»
Et tout
le monde souriait en entendant se rire si communicatif, si joyeux,
si merveilleux.
Dans
son nouveau monde, Noël ne s’ennuyait jamais. Il passait
la plus part de son temps libre à sculpter de petits objets.
En premier, il créa des poupées de bois qu’il
habillait de feuilles, de lianes et de fleurs. Puis il leur
construit une petite maison, une deuxième, puis tout un
village de maisons miniatures, avec une boulangerie, une
étable, une ferme, une boucherie, une menuiserie
etc.…
Puis,
il tailla des animaux, des chiens, des chats, des oiseaux, des
loups endormis ou hurlants, des chevaux galopants, des agneaux
sommeillants, que sais-je encore ? Il créa des centaines
d’animaux. Il créa… mais peut-être le
sais-tu toi ? Tu pourrais me dire ce que Noël fabriqua comme
autres animaux ?
Mais
bientôt, sa petite cabane fut pleine. Il ne pouvait plus
marcher sans tomber sur un cheval à bascule, une toupie,
sans trébucher sur une maison de poupées. Il se mit
à réfléchir pour savoir ce qu’il devait
faire de tout ce bric-à-brac. Devait-il brûler toutes
ses créations ? Pouvait-il faire disparaître ces
objets qui, depuis si longtemps, le comblaient par leur joyeuse
présence ?
Un soir
de 24 décembre, il se coucha sans avoir trouvé de
solution. Mais comme il n’était pas homme à
s’en inquiéter, il s’endormit très vite.
Cette nuit là, il fit un drôle de rêve. Il
entrait dans une grande maison, dans un monde entouré par la
neige et la glace. A l’intérieur de la maison, une
sorte de nain, avec de longues oreilles pointues l’attendait.
Il lui fit un grand sourire et lui dit :
«- Bienvenue,
Père Noël ! Bienvenue dans ta maison
!
- Ma maison, demanda-t-il ?
Mais je n’habite pas ici ! Je vis au milieu des bois
!
- Plus maintenant Père
Noël, répliqua le nain, Désormais, tu vivras
ici, où nous t’aiderons à fabriquer des jouets
tout au long de l’année. Tu les distribueras aux
enfants du monde entier la nuit du 24 au 25 décembre, la
nuit de Noël.
- Mais nous sommes la nuit de
Noël !
- Justement, mon ami, il est
temps pour toi de partir distribuer tes premiers jouets.
Réveilles-toi, Père Noël. Tu as désormais
une tâche à accomplir : jours après jours,
années après années, siècles
après siècles, tant qu’il y aura des hommes,
tant qu’il y aura des âmes d’enfants sur
cette terre. Réveille-toi Père Noël, tu es
désormais éternel !
»
Père Noël s’éveilla. Il se
frotta les yeux. Les ouvrit. Il les referma très vite, ne
croyant pas ce qu’il voyait. Les ouvrit à nouveau. Eh
non ! Il ne rêvait pas ! Il se trouvait dans la maison de ses
rêves. Ses habits usés avaient été
remplacés par un grand pantalon rouge, une chemise blanche,
un grand manteau rouge avec une énorme capuche qui cachait
ses beaux cheveux blancs. Il enfila ses habits et les belles bottes
noirs qui allaient avec et se regarda dans le miroir
installé dans l’angle de la pièce. Il
découvrit un homme énorme mais beau. Sa barbe blanche
mangeait la moitié de son visage. Ses yeux riaient
gentiment. Il entendit du bruit de l’autre coté de la
chambre où il avait dormi. Il s’approcha et
l’ouvrit. Il découvrit, tu devines quoi ? Le plus
grand atelier qu’il n’eut jamais vu sur terre. Des
centaines de nains, semblables à celui de son rêve y
travaillaient. L’un d’eux s’approcha de lui et le
saluât :
« Bonsoir,
Père Noël ! Tous les lutins ici présents ont
installés les jouets que tu as fabriqués durant tant
d’années, sur un traîneau. Tu vas pouvoir partir
dans quelques minutes. Pour le trajet, ne t’inquiètes
pas ! Les rennes ont tout enregistré. Tu sauras quels
cadeaux mettre dans quelles cheminées quand tu
t’arrêteras sur les toits des maisons. Bonne chance !
Et à demain : »
Père Noël sortit dans la neige. Grâce
à son manteau, ses bottes et ses moufles fourrées, il
ne ressentit pas le froid. Sa grosse barbe blanche
protégeait son visage. Il trouva le traîneau dont lui
avait parlé le nain… euh, non ! le lutin. Six
superbes rennes y étaient attelés et le
regardèrent approcher.
Il
s’installa sur le siège, se couvrit les jambes
d’une bonne couverture et attendit. Tout à coup, les
animaux se mirent en marche. Le traîneau glissa sur la glace,
vite, de plus en plus vite, et s’envola dans le
ciel.
Cette
nuit là, pour la première fois, notre ami distribua
des joujoux chez les enfants du monde entier. Il était si
heureux, qu’il riait et criait sans cesse :
« Oh! Oh! Oh! Oh! Joyeux
Noël à tous!”
Dans
tous les villages, on se demandait qui était ce personnage
vêtu de rouge qu’on apercevait sur les toits des
maisons et qui distribuait, ainsi, tant de cadeaux à chacun.
Personne ne savait répondre à cette question. Mais,
un petit garçon du nom d’Aladën qui avait
oublié d’aller se coucher, s’écria
:
« C’est lui,
c’est celui dont j’ai toujours rêvé,
c’est le Père Noël ! C’est le Père
Noël ! Merci, Papa Noël, merci ! Je t’aime !
»
Et
c’est ainsi qu’est née la légende du
Père Noël.
Music by Do
Re MI Childrens Choir - Do you hear what I
hear